La Catalogne

L’ANNÉE DE MES 87 ANS.

Volet IX         LA CATALOGNE : RETOUR VERS LE FUTUR.

On dit qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Il semble bien que ce qui se passe en Catalogne ne sera qu’une étape bien timide dans ce qui attend l’ordre mondial ébranlé sur ses bases territoriales. En effet la Catalogne remet en question les frontières actuelles des pays européens. Il n’est pas étonnant de voir la réaction du bloc européen. Ils sentent intuitivement la menace et se dépêchent de colmater la brèche. Ils y arriveront probablement, mais le problème va demeurer entier.

C’est que l’ordre international sur lequel est basé le découpage territorial est désuet. Il s’est établi à une époque révolue et l’on continue obstinément à vouloir maintenir ces frontières qui seront de plus en plus dysfonctionnelles. C’est l’Union Européenne elle-même qui en introduisant certaines pratiques comme la monnaie commune, la libre circulation des personnes, certaines règlementations communes etc. a rendu obsolète le découpage territorial actuel. Par ailleurs, pour compétitioner le marché mondial, faire face aux Google, Netflix, Amazon etc. de ce monde, les pays européens se devaient de se regrouper et d’avoir un certain nombre de politiques communes. Mais en ce faisant, ils se sont tirés dans le pied en ce qui concerne la pérennité de leurs frontières. Ils ont affaiblis leur identité nationale et favoriser la résurgence d’identités régionales et facilité l’accès au statut de pays indépendant. En effet la transition devient plus facile et risque beaucoup moins de mauvaises surprises.

Les frontières actuelles ont été établies d’abord au dix-neuvième siècle sur des bases plus ou moins ethniques et linguistiques qui ont été imposées par la force, mais qui n’ont pas toujours fait l’unanimité. Qu’on pense à l’Alsace et à la Lorraine qui ont fait l’objet de revendications constantes entre la France et l’Allemagne. De plus, parfois les états se sont entendus pour faire passer leur frontière en faisant fi des groupes humains identitaires. C’est le cas de la frontière entre la France et l’Espagne. Une partie du peuple Catalan est en France1 même si la grande majorité est en Espagne. Il en va de même pour la nation Basque2 divisée par cette même frontière franco-espagnole.

Il n’est pas étonnant que l’union européenne ait donné son appui à Madrid. Plusieurs des pays membres se sentent remis en question et craignent la contagion selon leur propre expression. Ainsi la France pourrait voir La Corse, la Bretagne et la Provence vouloir se séparer. En Italie, ce sont la Lombardie et la Vénécie qui menacent ; en Grande-Bretagne, ce sont l’Écosse et le pays de Galles ; en Espagne, en plus de la Catalogne, il y a le pays Basque et la Galice.3 Alors ne demandez pas pourquoi, ils supportent Madrid.

La situation mondiale actuelle basée sur du commerce et des communications débordant quotidiennement les frontières ont fortement diminuées l’importance et la raison d’être de celles-ci telles qu’elles existent. À cause de cette mondialisation, le problème identitaire est omniprésent. Il est normal que les gens veuillent se reconnaitre entre eux, qu’ils n’aient pas constamment à s’adapter à leur environnement. Ils veulent se reconnaitre avec leurs semblables, se détendre de temps à autres avec celles et ceux qui ont la même langue, la même histoire, la même vision du monde, les mêmes souvenirs et l’identification aux frontières actuelles ne correspond pas à ces réalités. Alors on veut se récréer un milieu d’appartenance bien à soi et pour ce faire, on veut se doter de structures politiques qui nous appartiennent, sauf que les dominants en place voient cela d’un mauvais œil et sont prêts à tout pour s’y opposer, même à utiliser les méthodes les plus brutales et les plus inappropriées comme ce fut le cas le jour du référendum récent en Catalogne.

Les autorités espagnoles avec leurs gros sabots réussiront probablement à mâter le peuple catalan avec l’approbation tacite des autres pays dit développés. Les Catalans humiliés rentreront probablement chez eux dans le silence. Oui les Catalans sont pacifiques d’une façon exemplaire et souhaitons qu’ils continuent à le demeurer.Mais ces événements de l’automne 2017 demeureront gravés dans la mémoire collective de ce peuple comme une phase de l’oppression du plus fort. Ils envisageront constamment qu’un jour il y aura pour eux, le retour vers le futur.

Je ne sais pas comment tout cela va aboutir, mais ce que je sais, c’est que les puissances en place ne réussiront pas à détruire le besoin naturel de se reconnaitre avec les siens et à plus ou moins long terme, les pays et plus particulièrement les pays européens se devront de se redéfinir et de trouver une solution qui permet aux gens de s’identifier les uns aux autres et de plus en plus il faudra le faire à des paliers multiples ce qui suppose une réorganisation totale des responsabilités politiques.

Louis Trudeau 1929-11-05,                                                                              le 28 octobre2017

1 La ville de Perpignan : «Dernière ville française méditerranéenne importante avant l’Espagne, elle est marquée par une forte identité catalane

2Les ville française de Biarritz et de Bayonne sont en pays basque.

3 Saint-Jacques-de-Compostelle est en Galice.

Un commentaire sur “La Catalogne

  1. Belle analyse Louis. Je dirais aussi que l’époque des grandes colonisations a donné lieu à bien des découpages très arbitraires de territoires sans égard à l’identité de ceux et celles qui les habitaient, ce qui est particulièrement le cas en Afrique et au Moyen-Orient, l’exemple le plus patent étant celui d’Israël tracé artificiellement en délogeant les Palestiniens en 1948.

    Par ailleurs, je pense aussi que la manifestation de plus en plus claire du besoin d’autonomie et d’identité résulte effectivement de ce que Louise Beaudoin nomme la «mondialisation culturelle», et que pour ma part, je nommerais plutôt le « tsunami de la monoculture » que déversent sur nous les nouveaux médias numériques (Google, Amazon, Apple, Netflix, Spotify, etc.) et qui affichent tous une même culture uniformisée. Et tout comme en agriculture, on s’entend pour dire que la monoculture est une grave menace à la biodiversité, il faudrait pouvoir faire le même raisonnement sur le plan culturel et voir lucidement que l’envahissement actuel par la monoculture étasunienne constitue une grave menace à la préservation de la diversité culturelle, et notamment à la survie de notre culture francophone en Amérique. Il est donc tout à fait normal qu’en réaction à cette menace, on assiste à une recherche identitaire intensifiée, car la solution passe probablement par une telle réaction saine et louable.

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