Examen de conduite automobile.

L’ANNÉE DE MES 87 ANS.

Volet IV

Examen de conduite automobile.

Le 17 août dernier, c’était la date fatidique pour passer mon examen de conduite automobile. À contrecœur, je m’y suis préparé du mieux que je pouvais. Je me suis prêté à des exercices multiples sur internet. Des amis m’ont mis en garde contre la mauvaise volonté des examinateurs. Pour passer l’examen, je devais être accompagné au cas où l’on m’enlèverait mon permis sur-le-champ. Pas de quoi pour me rassurer. J’arrivai donc à mon examen avec une certaine appréhension. Je trouvais que l’on m’avait imposé cet examen inutilement. Initialement, j’étais dans un très mauvais état d’esprit. J’en avais fait l’examen sous l’angle d’un âgisme systémique. Pour contrer cela, je prends les informations pour me procurer une voiture à conduite autonome. Il fallut me raisonner pour ne pas déverser cette agressivité sur la personne qui me ferait passer l’examen.

Comme, il semble que ce soit à cause de mon audition défectueuse que l’on ait décidé de me faire passer cet examen et qu’il était possible que l’examinateur volontairement me parle à voix basse pour nuire au succès de mon examen, je décidai de réactiver le dossier de mes prothèses auditives laissées de côté depuis leur acquisition il y a trois ans. Plus rien ne fonctionnait, alors j’ai communiqué avec le bureau de l’audioprothésiste où je m’étais procuré ces appareils. Je fus très bien reçu par Mme Émilie qui compris ma situation et devint une complice dans mon effort de contrer l’éventuel évaluateur mal intentionné. C’est donc muni de mes appareils que je me présentai à la succursale de la S.A.A.Q. de Joliette.

C’était la première fois que j’avais à affronter cette situation et ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’arrivai donc accompagnée de Josée dans une salle bondée où il restait à peine quelques places pour s’assoir. On vérifia mes papiers : mon permis de conduire, me assurances, l’immatriculation de l’auto. On ne voulu rien savoir de mon permis de vignette pour handicapé. On me remit le tout sauf mon permis de conduire. Il était suspendu en attendant le résultat de l’examen. «On va vous appeler» m’avait dont dit à l’accueil. C’est une dame souriante qui s’adressa à moi et me demanda de la suivre. Bon, bonne nouvelle, elle semble sympathique. En se dirigeant vers la voiture, elle m’indiqua ce qu’elle examinerait durant l’exercice : mes réflexes, le respect des limites de vitesse, l’adaptation aux situations. Bon, Je pense pouvoir bien répondre. Puis avant de partir, elle vérifia l’état des diverses fonctions de l’auto : le clignotant de gauche, le clignotant de droite, les feux rouges arrières, les feux rouges avants. Enfin elle installa un panneau sur la toiture indiquant qu’il s’agissait d’un examen de conduite.

Puis la balade commence : allez tout droit, tournez à gauche, tournez à droite. J’eus l’impression de faire le tour de toutes les rues de Joliette au moins à deux reprises. J’étais tendu, me concentrant sur les indications, faisant bien attention de ne pas arrêter sur la ligne blanche aux intersections, m’assurant de bien suivre les indications sans m’occuper de savoir où ça nous menait, ni sur quelle rue ou boulevard nous étions. Puis je ne sais si c’est par nervosité, mais je me mis à jaser avec la dame sympathique qui avait comme mission de m’évaluer. De quoi on parle dans ces circonstances ? Évidemment de voiture et nécessairement de voitures électriques par les temps qui courent. Je crus bon de ne pas aborder la question de la conduite autonome, question sensible dans les circonstances.

Je lui racontai que lorsque j’étais enfant, mon père nous disait : «Il faut que tu conduises comme si tous les autres étaient des fous.» Je prie soin d’ajouter qu’il s’agissait d’une façon pas très respectueuse de dire qu’il faut être toujours sur ses gardes. Et pour terminer, je lui racontai cet événement que j’ai toujours gardé en mémoire.

C’était l’hiver, la chaussée était glacée, je circulais sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, lorsqu’un jeune homme traversa la rue en courant loin d’une intersection. Le voyant se dépêcher tout proche devant moi, je me dis qu’il était prudent de freiner au cas où il glisserait. Effectivement, il tomba par terre et aboutit à quelques centimètres en avant de ma voiture que je réussis à immobiliser. Ce garçon me jeta un regard que je n’oublierai jamais. Il y avait, dans ses yeux, à la fois de la frayeur, de l’étonnement et même une sorte de remerciements d’être toujours en vie. Il se releva en s’appuyant sur mon auto et disparut. Alors, je fis la remarque à la dame que je m’étais dit que ma décision avait été la bonne et que je garderais l’attitude, au volant de mon auto, de tenter de prévoir l’imprévisible. Arrivés à destination, c’est avec un beau sourire que l’évaluatrice me dit d’attendre que l’on m’appelle à nouveau.

C’est ainsi que j’ai pu récupérer mon permis de conduire et continue d’utiliser mes appareils auditifs lorsque je suis au volant.

Louis Trudeau 1929-11-05

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