QUITTER OU RESTER !

IMG_0476.JPGQuitter ? Devrais-je quitter ma maison ? Non, je ne suis pas prêt à quitter ma maison.  Il m’est encore possible à 88 ans de me débrouiller. J’aime trop ce chez moi qui m’habite. Il y a cet environnement physique, cette maison que Ghislaine et moi avons rénovée de fond en comble, de la cave au grenier. Il y a ces murs en boiseries communément appelées BC Fir (sapin Douglas). Férus d’environnement et de recyclage, ayant découvert, près de notre boisé, tout un tas de planches qui avaient été jetées là pêle-mêle par l’ancien propriétaire, nous les avons récupérées et décapées laborieusement une par une. Avec l’aide de Pierre-Paul, nous les avons clouées avec attention en quarante-cinq degré après les avoir sablées et sciées à la main car à l’époque la scie à onglet électrique n’existait pas. Que de travail de précision exécuté avec soin et attention.

Cuisine 1.jpgIl en est de même pour les poutres du plafond que j’ai décapé minutieusement, enlevant l’une après l’autre les multiples couches de peinture qu’avec les années les résidants qui nous ont précédés avaient cru bon de revêtir. Je me rappelle, perché sur un escabeau, pour m’assurer d’enlever toute la peinture dans chaque recoin avec des instruments pointus que je m’étais fabriqué, il me fallait une heure pour avancer d’un pied (30 centimètres) sur l’une des trois surfaces. Puis ce fut les sept couches de varathane, suffisamment nombreuses pour en garantir la durabilité. Oui j’en ai mis du temps et du labeur pour remettre en valeur ces poutres taillées à la hache témoins incontestés de l’époque héroïque où cette maison fut érigée, bâtie sur le carré selon l’expression consacrée.

Fenêtre sur le passé.JPGDans la chambre de bain, Ghislaine et moi avons voulu faire apparaitre ces immenses poutres placés l’une sur l’autre et qui constituaient à la fois les murs et les revêtements tant extérieurs qu’intérieurs de ces habitations de pionniers. Nous les avons encadré et identifié en tant que : «fenêtre sur le passé.» Oui, ces troncs d’arbre à peine équarris sont les témoins de l’époque où nos ancêtres choisissaient, dans la forêt voisine, les arbres les plus droits, les plus volumineux, les plus sains soit de pruche, de sapin, d’épinette, de mélèze, ou de toute autre essence qu’ils possédaient en abondance sur leur terre en défrichement. Tous les meubles, les portes, les cadres de fenêtres, les armoires et les comptoirs de cuisine ont été fabriqués, soit en chêne, soit en pin, pour notre maison par notre ami Pierre Paul. Dans cette maison tout respire la personnalisation et évoque des souvenirs.

FullSizeRender (1).jpg«Fais-tu encore ton jardin ?» me demande-t-on de temps à autre. Bien sur que je fais toujours mon jardin.  Je ne saurais m’en passer. Depuis que nous nous sommes installés ici en 1974, à chaque année, le jardin fut bêché, semé, planté, ratissé, désherbé et récolté. C’est un élément essentiel, incontournable de mon régime de vie. Il est à la base de mon alimentation 12 mois par année. À l’été, ce sont évidemment les légumes frais ; à l’automne, on engrange la récolte au congélateur ; durant l’hiver, c’est la transformation en soupe et repas principal et au printemps, c’est la période des semis. Ainsi, la présence du jardin est constante, elle fait le tour du calendrier.

«Ton jardin est-il toujours aussi grand ?». Oui mon jardin est toujours de la même taille. Il a toujours sa dimension de 100 pieds par cinquante (30 mètres par 15) et pourquoi pas. Avec le temps et la diminution de ma mobilité, il m’a été possible de développer des techniques appropriées qui font en sorte que l’ensemencement est rendu possible même si je ne suis plus en mesure de me mettre à genou. Pour la mauvaise herbe, il faut s’inspirer du dicton : «Mieux vaut prévenir que guérir.» Donc les pousses nuisibles, il faut les combattre avant qu’elles n’envahissent les plates-bandes. C’est beaucoup plus facile et plus efficace. Oui c’est un grand bonheur de récolter ses propres légumes dans une terre qui a été enrichie par des engrais naturels depuis plus de 40 ans. Enfin, le supplément en compost contribue à produire une récolte biologique toujours abondante.

IMG_9754.JPGCe milieu de vie me parle non seulement par ses boiseries, par sa valeur patrimoniale, par la personnalisation de ses espaces, par son jardin et par les paysages que nous révèlent nos grandes fenêtres, mais surtout par mes souvenirs personnels inoubliables. C’est dans cette maison que j’ai vécu les événements les plus marquants de ma vie, que j’ai aimé mon épouse Ghislaine. C’est dans cette maison que durant plus de dix ans, j’ai été son aidant naturel. C’est dans cette demeure qu’elle est décédée dans mes bras.

2è floraison2 012.JPGNon je ne suis pas prêt à quitter cette maison. Du moins pas encore. Tant que je serai en mesure de m’en occuper avec l’aide de mes amis, entre autres de Jean-Pierre qui va chercher mon courrier dans ma boîte aux lettres lorsque la cour est trop glissante, de Josée qui me véhicule à mes rendez-vous médicaux lorsque la glace est dangereuse, de Pierre-Paul qui n’hésite pas à accourir lorsqu’il me sait en difficulté, de Gilles et Joane qui veillent également au grains. Oui tant que je serai capable de faire mon jardin, de récolter mes légumes qui sont à la base de mon alimentation, de préparer mes repas santé et sans sel, d’écrire mes histoires, de communiquer avec vous mes amies et amis, tant que mes muscles répondront à la commande et que mon cerveau n’oubliera que temporairement les mots présents dans mon esprit, alors oui je continuerai à demeurer chez moi. C’est l’endroit dans le monde où je suis encore utile et que je me retrouve le plus heureux.

Louis Trudeau 1929-11-05,                                                                          le 9 décembre 2017

 

4 commentaires sur “QUITTER OU RESTER !

  1. Coucou cousin je crois que je n’envoie pas mes commentaires de la bonne façon. Je viens de lire 5-6 de tes mots, j’ai laissé qqes commentaires à certains, mais je ne suis pas certaine que tu les a reçus. Belle et bonne journée Danielle

    Envoyé de mon iPhone

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