LA SURCHAUFFE DE L’ÉCRITURE !

 Le cerveau me surchauffe ; plein d’idées ne cessent de surgir dans ma tête. Sur le bureau de mon ordinateur, j’ai plein de sujets en marche et je me concentre tantôt sur l’un tantôt sur l’autre de sorte que l’écriture avance au gré des suggestions de mon cerveau. Je crains que cette surchauffe ne me mette en danger. Peut-être est-ce dangereux que je fasse un AVC. Je vais recommencer à prendre ma pression et si elle est trop haute, je vais devoir ralentir le soir après souper car j’ai de la difficulté à m’endormir. La nuit je me réveille et le sommeil tarde à venir. Voilà où j’en étais avant-hier. Puis, suivant une bonne vieille habitude, je me suis abstenu de travailler après le souper et tout est rentré dans l’ordre ; le cerveau est revenu à la normale. Mais tout de même la prudence est de mise.

Cela me fait penser à cette histoire de Marcel Pagnol.1 Son père enseignait à lire «à des gamins de six ou sept ans».  La mère du petit Marcel, qui n’avait que quatre ans, le déposait dans la classe de son mari le temps d’aller chez le boucher.  Sans que ni son père ni sa mère ne s’en rendent compte, l‘enfant appris rapidement à lire. Lorsque ses parents le réalisèrent, sa mère inquiète, craignant l’éclatement de son cerveau, cacha tous les livres de la maison jusqu’à l’âge de six ans au moment où il commença à fréquenter l’école. Sa mère pensait que Marcel était trop jeune pour lire ; moi qui suis à l’autre extrémité de la vie, suis-je trop vieux pour écrire ?

L’écriture un exercice merveilleux

IMG_8281.JPGAyant décidé de devenir blogueur, je suis allé sur le web m’informer de ce qu’il en est. La première remarque qui me frappa fut : «Est-ce que vous aimez écrire ? Si vous n’aimez pas écrire, le blogue oubliez cela.» Il est vrai que l’écriture est un exercice qui a ses exigences, ses contraintes, mais c’est aussi tellement passionnant. C’est une construction avec ses règles qu’il est parfois impérieux de respecter et que pour ma part j’ai peine à suivre. Je ne sais pas comment les écrivains dignes de ce nom s’y prennent pour peaufiner leurs textes, mais pour moi, écrivain bien ordinaire de la dernière heure, voici comment ça se passe.

L’apprentissage.

La première personne à qui je dois d’aimer l’écriture fut ma mère. C’est elle qui m’a incité à lire et qui m’a supporté dans mes premiers efforts de mettre sur papier ce qui se passait dans ma tête. Je lui en suis éternellement reconnaissant.

L’amour de l’écriture, me rappelle aussi mes études. Non je ne regrette pas mon cours classique. À l’époque où je me suis dirigé vers mon séminaire, ces maisons d’enseignements n’étaient pas remises en question. Bien sur que c’était élitiste, mais ce n’était pas la façon dont c’était vécu. C’était plutôt un privilège que de pouvoir continuer ses études après le primaire et d’être admis au cours classique. Chaque année d’étude était identifiée selon l’importance de la formation reçue et l’appellation parlait par elle-même. D’abord les éléments latins : Rosa, rosae, rosam, rosarum ; suivait la syntaxe : Le dur labeur du sans faute et de l’exercice de style ; après la méthode : L’analyse d’un texte bien construit ; ensuite la versification : Les classiques, la découverte de la poésie ; puis les Belles-Lettres : La littérature française ; finalement la rhétorique : Cicéron, les plaidoyers qui nous préparaient à la philosophie.

Première étape : un premier jet

Mains du blogeur.jpgUne idée surgit n’importe quand, n’importe où. Alors je me dépêche à jeter sur papier ou sur mon écran cette pensée que je trouve originale et qui me traverse l’esprit. C’est le premier jet qui ressemble à un moment d’inspiration. Lorsqu’ainsi de nouvelles idées me viennent à l’esprit, il m’est impérieux de les écrire immédiatement même si c’est en pleine nuit et qu’il faille me lever, ouvrir mon ordinateur, attendre le son indicateur et m’assurer que tout fonctionne. Oui je dois mettre immédiatement par écrit ce qui me semble intéressant ou valable. J’écris au fur et à mesure que les idées se succèdent, en vrac quoi.  Boileau1 avait raison : «Les mots pour le dire viennent aisément».

Puis je reprends le cours normal des choses. Si c’est la nuit, je retourne à mon lit et tente de dormir et puis parfois oups, d’autres idées surgissent, alors il faut quitter ses draps à nouveau et mettre par écrit cette nouvelle pensée qui risque d’être perdue si on ne le fait pas immédiatement. Question donc de mettre en pratique le vieil adage «qu’il faut battre le fer quand il est chaud.» ; ce qui fait rêver au temps des forgerons. Parfois, les idées se succèdent à flot et d’autres fois, c’est vite tari. Parfois l’inspiration ça bouillonne, parfois ça ne vient pas. Allez savoir pourquoi.

Plus tard je reviendrai mettre de l’ordre, des explications, un complément d’information, une structure à mon texte, une suite logique de compréhension du sujet traité. Puis je réviserai, corrigerai les fautes de frappe et de grammaire. Ensuite je m’assurerai qu’il n’y pas de répétition, de tautologie, c’est-à-dire de réécrire la même idée sous une autre forme. Je laisserai quelque temps pour réviser et réviser encore tant que le tout ne sera pas satisfaisant. Encore là Boileau avait raison : «Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage».1

Le contenu.

Chacun écrit sur des sujets qui lui sont familiers. Pour ma part la gamme est plutôt large. Ai-je accumulé autant de centres d’intérêt à cause de mon âge ? Oui c’est possible. Plusieurs domaines d’ordre personnel, psychologique, social, environnemental, familial, politique et autres captent mon attention et ma réflexion. Alors pourquoi ne pas traduire en mots le résultat de ma pensée ?

Dans ce que l’on écrit, il est impossible d’avoir l’assentiment de tous. Ce qui est important, ce n’est pas d’avoir l’approbation générale, c’est d’exprimer ses idées, ce que l’on pense en toute honnêteté, en toute simplicité. Pour le reste, il faut faire confiance et ne jamais oublier que ce qui est reçu est reçu avec la personnalité particulière de celui qui reçoit le message, soit avec son expérience, sa formation, son cerveau etc. Ne jamais oublier l’adage : Quidquid recipitur ad modum recipiendi recipitur. C’est-à-dire : Tout ce qui est reçu prend la forme du récipient. Alors écrivons selon l’inspiration et faisons confiance au lecteur.

Le choix des mots.

IMG_8306.JPGLe mot que j’utilise, est-ce le bon ? Exprime-il vraiment ce que ce que j’ai à l’esprit ? Y aurait-il un synonyme plus signifiant, même plus percutant ? Alors, il faut se tourner vers l’internet et faire la recherche nécessaire qui autrefois nous était fourni par le bon vieux dictionnaire. C’est ainsi qu’avec le temps, nous enrichissons notre vocabulaire, que nous devenons plus exigeants pour la qualité de notre français, que nous découvrons tout le potentiel, les subtilités et la richesse de notre langue française. Je me rappelle qu’étant au primaire ma mère m’avait fait cadeau d’un dictionnaire des synonymes pour m’aider dans la rédaction de mes compositions. Oui, c’est elle qui m’a initié au plaisir de l’écriture.

Les tournures de phrases.

Le rythme d’une phrase doit être en harmonie avec l’idée que nous voulons exprimer. La phrase est comme une portée de musique, elle est partie prenante de la pensée que nous voulons exprimer. Une phrase courte peut signifier une idée incisive. Une phrase longue peut aider dans le déroulement d’une pensée qu’il est nécessaire de bien expliquer et qui comporte des embuches dans l’intégralité de ses explications. Il m’arrive d’avoir des phrases trop longues ou encore d’exprimer plus d’une idée dans une même phrase. Il faut faire attention à cette tendance car ça risque de dérouter le lecteur. Alors, il faut se pencher sur cet aspect de l’écriture et corriger au besoin.

La structure du texte

La structure du texte est de première importance. Il faut que le cheminement de la pensée ou des événements s’enchaînent naturellement de sorte que le lecteur ait de l’intérêt à poursuivre sa lecture. Il doit donc y avoir une logique de compréhension ou d’information dans ce qui est proposé au lecteur. S’il y a digression, cela ne doit pas être très long et ne doit en aucun temps faire perdre le fil du déroulement de l’information ou de la compréhension par le lecteur. Il ne faut rien sacrifier à cela. Il est préférable de laisser tomber un ou des éléments qui peuvent nous paraitre intéressants, mais qui risquent d’éloigner le lecteur de l’idée principale. À mon avis, une digression peut se placer à la suite du texte, en l’indiquant par un chiffre minuscule placé en haut d’une lettre ou encore par un astérisque.

Le raffinement de la ponctuation.

Louis écrit 2Les points, les majuscules et toute la ponctuation furent longtemps pour moi de véritables bêtes noires. Je n’en saisissais pas la signification précise et les considérais comme des bizarreries que seuls les spécialistes pouvaient maîtriser. Il n’est pas facile de s‘y retrouver. Une chatte y perdrait ses chatons selon l’expression populaire. Devrais-je mettre une virgule, un point virgule, ou encore deux points ? Toute une question à solutionner. Puis qu’en est-il des guillemets ? Un autre casse-tête. Il y a plusieurs guillemets : les français («») aussi appelés chevrons ; les anglais (“ ”) ; les crochets ([]) et quoi encore ? Pour ce qui est des majuscules, c’est aussi disons particulier. Savez-vous que lorsque l’on écrit Monsieur le général, ce dernier mot, le général s’écrit avec une minuscule. Mais si j’écris le Général, alors c’est une majuscule ; histoire de mettre en valeur ce titre, alors que dans l’autre cas, il s’agit d’identifier la personne. Bon c’est logique, encore faut-il le savoir pour se démêler.

À bien y penser, il ne faut pas considérer la ponctuation3 comme un embêtement, une entrave à la fluidité. Non au contraire, il faut l’utiliser comme, un art, comme un outil de finesse de la langue française permettant d’exprimer les nuances et les subtilités de la pensée. Les ponctuations en particulier, la virgule et le point-virgule vont de pair avec les intonations de la voix. C’est alors que l’on découvre leur sens et leur utilité. Ces signes sont des instruments de communication de notre belle langue. Ils peuvent servir à indiquer le niveau d’insistance ou d’émotivité que l’on veut donner à un mot, à une expression ou encore à y une affirmation. À nous de les utiliser à bon escient et d’en faire un usage judicieux.

Retouches finales

La dernière étape, ce sont les retouches, une virgule par ici, une lettre manquante par là. Lorsque tout est terminé, il faut laisser le texte de côté pendant une ou deux journées et le relire. Lorsque tout est fini, le relire encore une fois et peut-être bien deux ce qui permet de publier avec le sentiment d’avoir fait de son mieux. Il est bon de laisser murir un texte ; plus souvent qu’autrement, de nouvelles idées viennent l’enrichir et le compléter.

Conclusion

L’écriture, c’est un art. Tout comme le violoniste doit maîtriser son archet, avoir la dextérité nécessaire pour faire passer toute la gamme des émotions à travers les sons de sa musique, ainsi l’écrivain se doit de maîtriser la langue, les nuances des mots et les subtilités de la ponctuation pour aussi transmettre tant ses idées que ses sentiments. Écrire est, pour moi, une expression de création. Ce n’est peut être pas une œuvre de grand maître, mais c’est mon œuvre à moi.

D’où mon slogan :

Le dire, c’est bien ; l’écrire, c’est mieux.

Proverbe québécois

1 «Avant donc que d’écrire, apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, l’expression la suit, ou moins nette ou plus pure. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage : Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Polissez-le sans cesse, et le repolissez. Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.» Nicolas Boileau-Despréaux. Dans l’art Poétique 1674

2 Marcel Pagnol, La Gloire de mon père, éditions de Provence 1973 p.39-41. Les deux autres volumes de la trilogie sont : Le Château de ma mère et Le temps des secrets.

3 Si vous désirez en savoir davantage sur l’utilisation du point-virgule, des deux points, des guillemets ou toute autre ponctuation, vous pouvez consulter entre autres : http://www.la-ponctuation.com

Louis Trudeau                                                                                               le 22 décembre 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 commentaires sur “LA SURCHAUFFE DE L’ÉCRITURE !

  1. Encore un très bon article, très fouillé! BRAVO!

    Je me permets un commentaire, puisque tu sembles à la recherche de l’excellence. Il manque très souvent des virgules à tes phrases. Un seul exemple: Le dire, c’est bien; l’écrire c’est mieux. On pourrait refaire ce titre de deux façons, dépendant de ce qu’on veut exprimer. Le dire, c’est bien. L’écrire, c’est mieux. Ou encore: Le dire c’est bien, l’écrire c’est mieux. Alors que la forme que tu as choisie est un entre-deux déroutant.
    Quant aux références de bas de page, toujours très pertinentes que tu fais, il faut bien les identifier. Dans le présent article, il y a une erreur en utilisant deux fois le numéro 1 pour deux sujets distincts.

    Ma suggestion pour une meilleure ponctuation: Une relecture à voix haute.
    Pour le reste, il faut laisser son texte tout chaud qu’on a hâte de publier et le relire quand l’esprit a refroidi. On peut aussi l’imprimer sur du papier pour mieux le « voir ».

    Faire un blogue impose des contraintes qu’un simple courriel n’a pas mais ça vaut la peine!
    Bonne suite et courage, le filon que tu tiens est des plus passionnant!

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    1. Bonjour Paul-Émile

      Tu as raison, c’est souvent le titre que l’on oublie de vérifier. Dorénavant, je vais y apporter une attention toute spéciale. Pour ce qui est du même renvoi, c’est volontaire. Je me suis posé la question s’il était préférable de diviser la citation en deux et faire deux renvois. J’ai opté pour un seul renvoi parce que les deux références vont au même texte de Boileau. C’est une situation qui se présente que très rarement. En citant Boileau, j’ai voulu souligner qu’il nous arrive ainsi de nous souvenir d’un bout de phrase ou l’autre de façon spontanée, sans nécessairement les mettre dans leur contexte. J’espère que je m’exprime clairement et que les «mots pour le dire viennent aisément.» Bonne fin de journée Louis ________________________________

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