MODESTE & ARTHÉMISE

 

 

 Grands parents 1.JPG

Regardez- bien sur cette photo, les mains de cette femme, ma grand-mère Arthémise Boyer. Comparez les à celles de son mari, mon grand-père Modeste Trudeau. Peut-on avoir un témoignage plus éloquent de ce que fut la vie de cette mère de 17 enfants ? Une vie de labeur, de travail incessant au service des siens, de sa famille. J’ai fait agrandir et plastifier cette photo que j’ai accrochée dans ma cuisine. Fréquemment, je m’arrête pour la regarder et m’en inspirer. À chaque fois, je me dis : «Comme ils ont travaillé fort, sans relâche et sans se plaindre. Alors mon vieux, compte toi chanceux de descendre de tels géants. Essaie au moins de les imiter si tu en es capable.»

Voici, concernant cette photo, des explications complémentaires qui m’ont été transmises par ma sœur Julia vers 2014. Elle a été prise par mon père Arthur en 1928. Nous remarquons le vêtement de grand-mère. Il s’agit d’un sarrau que portaient alors les femmes pour aller travailler à l‘étable. La fillette d’environ sept ans est ma sœur Julia et le garçon au ballon est Yvon le plus vieux de mes frères. Quant au bébé, ce serait le cousin Léon dont la mère, tante Marie-Ange, épouse d’oncle Emery, est la jeune femme aux cheveux noirs, debout en retrait. La voiture est celle de mon père, c’est une Ford Model T, communément appelé Ford à pédales. Mon père l’avait acquise de seconde main en 1923. Il l’a revendu en 1929. Il avait l’habitude de la garer à l’ombre, c’est pourquoi on la retrouve sous le grand saule près duquel coulait un ruisseau, le ruisseau Faille.

Famille nombreuse

Modeste et Arthémise eurent 17 enfants ; «tous vivants», renchérissait mon père. La grande majorité se marièrent et eurent plusieurs enfants de sorte que nous n’étions pas moins de 47 cousins et cousines, petits-enfants de ce couple exceptionnel.

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Modeste et ses Fils.

Famille de Modeste Trudeau & d’Arthémise Boyer

Modeste Trudeau, Fils de Louis (1817-1879) et de Marie-Louise Dupuis(1818-1884)

Baptisé le 29 novembre 1857 à St-Michel de Napierville

Décédé le 10 avril 1946 à St-Mathieu de Laprairie à 88 ans et 5 mois S. à Saint-Mathieu.

Marié à Marie-Arthémise Boyer, le 29 janvier 1878 à St-Michel de Napierville.

Arthémise Boyer, Fille de Siméon Boyer et Adéline Toupin

 Baptisée en août 1860 à St-Michel-de-Napierville

Décédée le 13 février 1938 à Saint-Mathieu de Laprairie à 78 ans et 6 mois

De cette union sont nés 17 enfants dont deux morts en bas-âge.

1- Eugénie : N. le 26 décembre 1878 à St-Michel de Napeirville

2- Albertine : N. le 2 janvier 1880 à St-Rémi de Napierville

3- Joseph : N. le 28 février 1881 à St-Rémi de Napierville

4- Marie-Anne : N. en 1883, mais ne vécut que 20 mois

5- Léon : N. le 25 février 1884 à St-Rémi de Napierville

6- Albert : N. le 24 avril 1885 à St-Rémi de Napierville

7- Jean-Louis : N. le 12 décembre 1886 à St-Rémi de Napierville

8- Émile : N. le 8 mars 1889 à St-Rémi de Napierville

9- Ernestine : N. le 20 mars 1890 à St-Philippe de Laprairie

10- Jean-Baptiste : N. le 24 juin 1891 à St-Philippe de Laprairie                                         ( décédé de la grippe espagnole, le 17 octobre 1918)

11- Arthur : N. le 29 septembre 1892 à St-Philippe de Laprairie.

12- Blanche : N. le 11 mars 1894 à St-Philippe de Laprairie

13- Philippe : N. en 1895 mais ne vécut que 9 mois

14- Alfred : N. le 29 janvier 1897 à St-Philippe de Laprairie

15- Isidore : N. le 15 mai 1898 à St-Philippe de Laprairie

16- Emery : N. le 17 juin 1900 à St-Philippe de Laprairie

17- Roland : N, le 28 août 1901 à St-Philippe de Laprairie

Grand-mère Arthémise

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Les filles d’Arthémise

Étant le plus jeune chez moi, je ne me rappelle pas très bien de grand-mère étant donné qu’elle nous quitta le 13 février 1938 alors que je venais d’avoir 8 ans. Ce que je sais, c’est que maman parlait avec vénération de sa belle mère, la considérant comme une femme dévouée, courageuse et travaillant sans relâche. On sait qu’en ce temps-là, il était strictement interdit de travailler le dimanche. C’était pour tous et chacun le jour de repos obligatoire et bien mérité. Cependant, maman nous racontait que pour réussir à accomplir toutes les tâches qui lui incombaient, grand-mère reprisait les bas en cachette le dimanche ; ma mère, malgré son attachement aux préceptes de sa religion considérait cela comme justifié et un signe sans conteste du dévouement sans borne de grand-mère pour sa famille.

 

Savon 4.jpg
Grands Parents à faire le savon

Dans la documentation de mon frère Yvon, j’ai retrouvé ce touchant témoignage de ma mère, Germaine Sédillot, au sujet de la mère de son mari : «Digne épouse de Modeste Trudeau, mère admirable, modèle de courage et d’abnégation, vertueuse chrétienne, elle éleva une nombreuse famille dans la crainte de Dieu. Le ménage n’étant pas fortuné, elle reprisait durant de longues veillées à la lueur d’une lampe de pétrole. Tout se faisait à la maison. On pétrissait le pain, on fabriquait le savon, on tissait la laine, on piquait les courtes pointes etc. etc. même elle utilisait la laine de leurs moutons à imiter la fourrure de «mouton de Perse» pour en faire des casques, étoles et manteaux. Il faut dire aussi que l’ordre et la propreté régnaient partout. Elle est décédée dans sa maison à Saint-Mathieu à l’âge de 78 ans et 6 mois.

 

Grand-père Modeste, cultivateur.

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Ferme familiale

Si mon calcul est bon, je suis de la septième génération descendant d’Étienne Truteau, l’ancêtre de tous les Trudeau d’Amérique. Bien sur, je ne connais pas l’histoire de chacun des membres de ma lignée, cependant je sais le lien direct avec mon-grand père Modeste Trudeau. Durant ma jeunesse, c’est vers Saint-Mathieu que nous nous dirigions pour aller visiter nos grands-parents qui demeuraient dans le rang du ruisseau Faille. Saint-Mathieu était alors une micro paroisse fondée en 1917 suite à un démembrement de Saint-Philippe-de-Laprairie.

 

Oncle Roland 7.jpgGrand-père Modeste était cultivateur comme l’ensemble de ses concitoyens. Il possédait une petite ferme avec des chevaux de traits et quelques vaches. On y retrouvait également un petit verger et nous allions cueillir les cerises à grappes parmi les arbustes qui bordaient les diverses parcelles de champs cultivés. C‘était une production visant d’abord à l’autosuffisance. Il allait vendre une partie de sa récolte au marché Bonsecours à Montréal. On affirme qu’il fut le premier à offrir des oignons à sa clientèle. Aujourd’hui, on parlerait plutôt d’un producteur maraîcher. Je me rappelle les longues rangées de petites fèves qu’oncle Roland, coiffé de son chapeau de paille, désherbait consciencieusement en s’appuyant de temps en temps sur sa pioche pour prendre quelques instants de repos.

Esprit de famille

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Eugénie, fille aînée

Mes grands-parents ont certainement su inculquer un bel esprit de famille à chacun de leurs enfants. Je me rappelle que mon père Arthur, manifestait de l’attachement pour chacun de ses frères et sœurs. Parmi les souvenirs de famille, j’ai retrouvé une carte postale d’Eugénie, l’aînée de la famille adressée à son jeune frère Arthur. Elle y manifeste une affection toute fraternelle, même s’il y a un écart de 16 années entre les deux en lui notant : «J’espère que tu te portes bien et que tu es toujours éveillé pareil.»

 

Cet attachement à la famille est très significatif. Un examen minutieux nous révèle que cette missive date de 1907 ce qui signifie que mon père avait alors quinze ans. Eugénie, parti «cultiver le blé» en Saskatchewan, semble s’y être établie depuis déjà quelques années puisqu’elle souligne : «Tu ne dois plus être un petit garçon. Tu es un homme à présent.» Nous pouvons lire entre les lignes qu’Eugénie s’ennuie des siens. Elle demeure très attachée à sa famille malgré le temps et l’éloignement.

Eugénie 9A.jpgCarte postale de 1907. C’est en soi une pièce de collection. Elle origine de l’ouest canadien ; l’imprimé estC.Postale 1907 9B.jpg en anglais. Sur le côté réservé à l’adresse postale et au message, on découvre que les frais postaux, à l’intérieur du pays, identifiés comme «domestic» sont de un cent ; pour l’étranger, «foreign», c’est le double à savoir deux cents. Le recto n’est pas une photographie de l’endroit comme ce fut souvent le cas durant ma jeunesse, mais une adresse à un père : «To Dear DAD». Il semble bien qu’Eugénie n’ait pas trouvé mieux à envoyer à son jeune frère.

 De bons chrétiens.

Mes grands-parents étaient de fervents catholiques. Je me rappelle cette croix noire, fabriquée simplement de deux pièces de bois, fixée à un mur dans la maison de mes grands-parents et qui m’avait tellement impressionné durant mon enfance. Maman m’expliqua que c’était la croix de tempérance, croix que les bons pratiquants affichaient à l’intérieur de leur maison suite à une retraite paroissiale prêchée par un missionnaire à la voix tonitruante qui envahissait chaque recoin de l’église et faisait frissonner les paroissiens et plus particulièrement les paroissiennes. C’est ainsi, qu’à une certaine époque, l’on combattait ce fléau des campagnes qu’était l’alcoolisme.

Modeste et Arthémise 10.jpgGrand père Modeste, joignant l’acte à la parole, se dévoua concrètement pour sa paroisse. Dès 1916, il fut nommé syndic en vue de la fondation de la paroisse de Saint-Mathieu, responsabilité renouvelé en 1918. Il s’impliqua également au quotidien : «C’est lui qui, à cheval, avec sa charette, transporta de la National Brick de Delson, toute la brique nécessaire à la construction de l’église de Saint-Mathieu».1 Il eut sans doute à faire plusieurs allers-retours pour venir à bout d’en accumuler la quantité nécessaire à la construction d’un tel édifice.

Les Noces d’or ; une fête grandiose.

Photo famille Louis Compressée.jpgLe 8 juillet 1928 eut lieu un événement à ne pas oublier dans la famille ainsi que chez les proches, les voisins, les coparoissiens, les connaissances, les amis, les cousins, et j’en passe. Mes grands-parents fêtèrent alors leurs noces d’or, leurs cinquante ans de vie commune. Ce fut l’occasion d’une célébration grandiose où les hommages de toute sorte se succédèrent. D’abord les petits enfants : «Il y a cinquante ans, Dieu unissait d’amour vos deux destinés et la bénédiction du Sacrement éternisait les liens qui vous consacraient l’un à l’autre : ce fut un jour de grand bonheur en votre vie, que celui qui cimenta ainsi votre mutuelle tendresse[…]» En second lieu, les enfants : «C’est le moment pour eux de vous rappeler les petits soins que vous leur avez prodigués dans leur jeunesse et de vous remercier de la bonne éducation et des bons principes que vous avez voulu leur inculquer pour en faire des citoyens capables de servir Dieu et la Patrie[…]»Il y eut même une chanson composée pour l’occasion : «C’est aujourd’hui la grande fête. Des époux Modeste Trudeau[…]»2

Était-ce une fête extravagante, d’une ampleur démesurée, hors des coutumes de l’époque ? Pour répondre à cette question, il faut se situer dans le contexte historique. Les années vingt qui succédaient aux années de privation et de misère de la première grande guerre qui prit fin le 11 novembre 1918, furent une espèce d’euphorie collective dans l’hémisphère nord. C’est pourquoi, l’on surnomma ces années, les années folles. Ces années furent celles de tous les défoulements, de l’expression d’une joie de vivre sans précédent. Sur le plan technique, la vie devient plus facile. On bénéficie de l’électrification généralisée et de l’apparition d’équipements ménagers tels les réfrigérateurs que l’on appelait des «frigidaires» reconnaissant ainsi la popularité de la marque de commerce. C’est peut-être dans le domaine récréatif que ces années laissèrent le souvenir le plus marquant. On dansait sans complexe le charleston, le fox-trot et le jitterbug. Catherine Baker et les folies bergères étaient au sommet de leur gloire. C’est durant cette décennie que le jazz fit son apparition ainsi que le tango. En architecture, l’Art déco est de mise. C’est le «krach» boursier du 29 octobre 1929 qui mit un terme à cet emballement.

Une fête aussi grandiose dans un petit village situé quand même assez près de Montréal pour que mon grand-père aille y vendre ses légumes n’avait donc pas, dans le contexte socioculturel d’alors, un air d’extravagance. En effet, nous étions en 1928, à l’apogée même de ce climat d’effervescence. L’occasion était toute indiquée pour tous et chacun d’exprimer leur reconnaissance et leur admiration envers ce couple exceptionnel. De plus cette fête nous indique que contrairement, à ce qu’ont affirmé certains sociologues,3 la société canadienne-français d’alors n’était pas en retard sur ce qui se passait ailleurs dans le monde.

Un événement marquant.

Voici un événement dont je fus personnellement témoin et que je n’ai jamais oublié malgré le temps qui passe. Je sais très bien qu’alors grand-père avait 84 ans. Il est décédé le 10 avril 1946 à l’âge de 88 ans. Quel âge devais-je avoir étant né en 1929 ? Je puis donc déduire que l’événement eut lieu en 1942 et que j’avais alors 12 ans.

Mon père m’avait amené seul avec lui pour une visite à Saint-Mathieu. Je ne sais s’il avait un but particulier ou s’il s’agissait d’une simple visite de courtoisie. Toujours est-il qu’en arrivant chez grand-père, papa l’aperçut en train de labourer s‘agrippant aux mancherons de la charrue tirée par son cheval, les guides autour de la taille. Papa stationna son auto avant d’arriver à la maison et courut en direction du labour en s’écriant : «Voyons le père, ça n’a pas de bon sens, laisse-moi prendre ta place» et grand-père de rétorquer : « Toi, ôtes-toi de là, tu es trop jeune, tu connais pas ça.». Avait-il raison ? Je ne sais trop, mais les sillons creusés par le soc de la charrue me semblèrent bien droits et tous bien alignés. Je ne me rappelle pas de la suite des choses étant tellement estomaqué d’apprendre qu’il se pouvait que mon père soit trop jeune. Je n’y comprenais rien.

Le jour de l’an chez grand-père Trudeau

Au temps du jour de l’an, tous y allaient. La famille louait un wagon au complet du Canadien Pacifique en partance de Montréal. Nous nous joignions aux autres familles à notre «station» de Delson. Arrivés à Saint-Mathieu, oncle Roland venait nous chercher à la gare avec sa sleigh (traineau) muni d’une grande plate-forme et tirée par deux chevaux qui lui servait habituellement à aller chercher sa provision de blocs de glace sur le fleuve Saint-Laurent. Ça durait deux jours. Parmi l’abondance de nourriture, le cochon de lait trônait au centre de la table. Je ne sais pas combien nous étions, mais je sais qu’il y avait du monde partout dans la maison d’autant plus que le bas côté était trop froid pour être utilisé. En effet chez grand-père la cuisine était divisé en bas côté et en haut côté, le bas côté pour l’été et le haut côté pour l’hiver. On dormait comme l’on pouvait à travers les manteaux de chat sauvage, les mitaines et les casques de poil étendus sur les lits faute d’espace pour les suspendre. Les oncles jouaient aux cartes pendant que les jeunes couraient un peu partout. Alors oncle Joseph, reconnu pour son portefeuille bien garni, perdit patience et, le plus sérieux du monde, fit la remarque : «Tenez-vous tranquille, il y a de l’argent en jeu ici» ; ce qui nous fit pouffer de rire puisqu’ils jouaient à une cenne et deux. Même en ce temps-là, cela ne comportait pas un risque très élevé.

Le repos éternel

GP funérailles 12.jpgLors des funérailles de mes grands-parents, le nombre de personnes présentes tant pour grand-mère que pour grand-père est impressionnant. Pour ce qui est de grand-père, on souligne dans un journal : «et nombre d’autres parents et amis qui formaient un cortège de cent deux voitures». Je me souviens qu’après les obsèques, nous nous étions tous rendus à la maison de grand-père et oncle Roland, qui dorénavant en devenait propriétaire, s’était adressé à toute la parenté pour dire que c’était toujours la maison paternelle, que tous étaient invités à y venir faire un tour ; ce qui, à ma connaissance ne fut pas mis en pratique, chacun allant de son côté avec sa propre famille. Ainsi va la vie.

1 BERCIER, Rhéal. Les Bâtisseurs de saint-Mathieu. Éditions La Municipalité de Saint-Mathieu, 1992, 147 p. ; p. 27

2 Les textes de ces hommages sont disponibles dans leur intégralité. Pour celles et ceux qui désireraient les obtenir, vous pouvez me communiquer.

3 MINER, Horace. ST.DENIS, a French-Canadian Parish. The University of Chicago Press, Chicago, Illinois, 1939. 283p.

 

 

 

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3 commentaires sur “MODESTE & ARTHÉMISE

  1. Cher grand-oncle Louis,
    J’ai trouvé très intéressant et instructif de lire les informations que vous nous avez communiquées au sujet de nos ancêtres qui ont été des modèles de ténacité et qui ont fait clairement la démonstration que la solidarité familiale était une valeur importante à leurs yeux. Avec notre confort d’aujourd’hui il nous est à peine possible d’imaginer le quotidien de l’époque où les journées étaient sans fin. Ça nous fait apprécier l’évolution de notre qualité de vie.
    Merci Louis et au plaisir de vous lire à nouveau!
    Daniel Morin (fils de Claire, petit-fils d’Alfred)

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