COUPABLE OU NON COUPABLE ?

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Source : Ville de Montréal

Il y a de ces événements qui nous reviennent à la mémoire bien des années après qu’ils se soient passés et dont on se rappelle avec un sourire en coin même si au moment où ils furent vécus, c’était du sérieux. Ça s’est passé dans un palais de justice de Montréal, je ne me souviens pas très bien en quelle année, mais ce dont je me rappelle, c’est qu’à cette époque, étant intervenant dans un milieu populaire de la ville, mes relations avec le corps policier ne pouvaient qu’être tendues.

Accompagnée de mon épouse Ghislaine, revenant le soir d’une rencontre familiale, je conduisais ma Pontiac beige à la vitesse permise et voilà-t-il qu’un policier motard me fait signe de me garer sur le bord du trottoir pour me coller une contravention soi-disant parce que je venais de passer sur un feu rouge. C’était un homme joufflu d’un certain âge. Il quitta lentement sa moto en déambulant lourdement dans ses culottes bouffantes qui se terminaient par des bottes de cuir brunes jusqu’à mi-jambe. Déjà la démarche du personnage, fit naître en moi un sentiment d’hostilité. Devant ma froideur, il se mit à m’invectiver et à utiliser un juron que je me rappelle très bien, mais qu’il est inconvenant de reproduire par écrit.

Je décidai assez rapidement de contester cette contravention devant le tribunal municipal dédié à cette sorte de mise en demeure. Je fis donc la démarche nécessaire et, comme à l’habitude, la convocation à l’audience ne fut décrétée que pour plusieurs mois plus tard. Durant tout ce temps, hargneux, je fourbissais mes armes argumentaires. D’abord, il y avait ce langage injurieux que j’avais à travers la gorge et que j’avais bien l’intention de souligner au juge comme étant une expression de manque de professionnalisme du policier. Il y avait aussi un savant calcul de vitesse et de temps de durée des divers feux de circulation traversés en succession. Il y avait surtout, le fait que sur la contravention la couleur attribuée à mon auto, n’était pas la bonne. Alors le fameux policier en question était soit daltonien, ce qui le rendait inapte à ce travail, soit qu’il ait fait une erreur sur la voiture visée. Le numéro de la plaque d’immatriculation n’était pas inscrit.

Pendant plusieurs mois, moi qui devais me rendre dans un palais de justice pour la première fois, je me suis mémorisé tous ces arguments. J’avais même pris la peine de faire signer à un nombre exagéré de personnes, soit une trentaine, que ma voiture au moment de l’événement était bien beige et non pas grise comme stipulé sur la contravention. En effet, je me disais que l’on aurait pu arguer que, depuis l’événement, je l’avais fait peinturer pour m’inventer ce stratagème. Ce fut donc bardé d’arguments massue que je me présentai au palais de justice, les cheveux courts et bien peignés, vêtu de mes habits du dimanche, en cravate s’il vous plaît, façon de faire inhabituelle pour moi qui déambulais surtout dans un milieu défavorisé.

L’attente était longue ; pour chasser la nervosité, je me mis à jaser avec mon voisin et lui demandai pourquoi il était au palais de justice. Il me répondit qu’il avait reçu cette contravention sur le Pont Jacques Cartier et qu’elle était particulièrement salée. En discutant avec lui, j’en vins à l’informer qu’il était possible de plaider : «Coupable avec explication». Subitement, l’on nous ordonna de nous lever. Le juge entrait dans la salle d’audience et les contestataires commencèrent à déambuler. Le premier appelé était un homme d’un certain âge qui déclara qu’étant un enseignant à la retraite, il avait toujours inculqué le respect des lois à ses élèves. Il expliqua au juge qu’au volant de sa voiture, il avait dû brûler un feu rouge à cause de travaux routiers et d’imbroglio entre conducteurs. Le juge lui donna raison et l’exonéra de toute pénalité. J’eu un soupir de soulagement : «Bon, il est possible de gagner sa cause, surtout si l’on parait honorable.»

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Source inconnue

Puis mon copain d’à côté fut appelé à la barre et solennellement le juge lui posa la question d’usage : «Coupable ou non coupable ?» Il hésita, sembla mêlé dans sa tête et balbutia : «Coupable avec explications.» Le juge répliqua : «Quelles sont vos explications ?» «Bien, il était deux heures du matin, et il n’y avait pas beaucoup de circulation.» Le juge de conclure : « 80 milles à l’heure1 sur le pont Jacques Cartier, vous n’y pensez pas. Coupable et vous devrez payer les frais afférents ; au suivant.» Je ressentis un malaise de lui avoir fait une telle suggestion sans lui avoir demandé qu’elle était l’infraction qui lui avait valu sa contravention.

 

Puis vint mon tour, j’avais perdu ma bonne assurance. Je me présentai en tentant de reprendre un air convaincu de mon innocence tout en me tenant bien droit debout. Mais voilà-t-il que le juge décréta que j’étais libéré étant donné l‘absence du policier qui avait pris une journée de congé. Tous mes arguments venaient de s’évanouir. Je demeurai immobile, sans mot dire, ne sachant pas trop quoi faire. Le juge excédé me dit : «Allez-vous en, c’est terminé.» Je descendis les marches de ce Palais de Justice montréalais, profondément insatisfait en me disant que jamais je ne saurai si ma cause était gagnante ou si mes arguments n’auraient pas réussi à convaincre le juge de mon innocence. J’étais plus frustré que si j’avais perdu et pourtant j’avais gagné ; je n’avais pas à payer la contravention.

Voilà ce que fut ma première expérience devant la justice de ce monde. Normalement lorsque l’on sort d’un Palais de Justice, on a gagné ou l’on a perdu ; l’on est soit soulagé, soit consterné, mais jamais l’on reste ainsi pantois. Étais-je coupable ou non coupable ? Je ne le saurai jamais. Ce fut tout de même une journée enrichissante, car j’appris qu’avant de donner un conseil à quelqu’un, il valait mieux connaître tous les tenants et aboutissants d’une problématique.

1 80 mph correspond à 129 km/h.

Louis Trudeau                                                                                             24 février 2018

2 commentaires sur “COUPABLE OU NON COUPABLE ?

  1. Louis

    Très bon article. Il y a juste argument massue, je pense que tu as mis un s è la place du e
    C’est à vérifier….

    JP

    Envoyé de mon iPad

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  2. Bonjour oncle Louis, très bon blogue et voice ma critique: Avec experience, les policiers qui doivent comparaitre s’absente souvent pour des raisons que je veut énumérer come suit; savent qu’ils ont fait une erreure, (Couleur, immatriculation) etc., Pour vous faire perdre un journee ils ne font aucun effort pour vous informer qu’ils ne comparaitrons pas le jour venue.
    Bonne fin de journee,
    Luc

    J'aime

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