MAURICE

IL y a de ces êtres que parfois la vie nous donne la chance de croiser sur notre route. Maurice était l’un de ceux-là, toujours affable, toujours de bonne humeur, toujours prêt à aider, toujours positif. Jamais je ne l’ai entendu dire du mal de quelqu’un. Je crois qu’il en était incapable. Rayonnant la joie de vivre, il était toujours agréable de le rencontrer. Nous savions qu’il était atteint d’une maladie incurable, mais tout comme lui, nous n’arrivions pas à nous résoudre de devoir nous passer de lui un jour. Nous espérions que sa force de caractère, sa volonté implacable viendrait à bout de la maladie. Mais la cruauté du cancer a fini par l’emporter.

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Où est Maurice ? Photo Odette Sarrazin

Désormais, lorsque je penserai à lui, ce sera toujours pour me rappeler ses bons coups qui me faisaient rire ; comme lorsqu’il m’a conté à la blague qu’il avait échangé trois lapins pour un camion avec l’un de ses grands amis. En somme, il s’agissait plutôt de cadeaux mutuels.

 

Il ne se targuait pas de sa force herculéenne. Il faisait ainsi tout bonnement des travaux gigantesques, comme son mur de pierres qu’il a érigé le long de son impressionnant potager. Lorsque, le sachant atteint d’une maladie incurable, nous l’avons fêté il y a quelque temps, fête initiée par sa compagne Andrée, je me rappelle avoir souligné sa capacité incroyable de travail en lui signifiant que les travaux d’Astérix n’étaient rien comparés aux travaux de Maurice. D’ailleurs, la dernière fois que je l’ai rencontré, goguenard, il m’avait dit à la blague : «Ah Ah, vous m’avez enterré, il y a trois ans et je suis toujours là.» Tout comme lui, j’étais très heureux qu’il soit encore parmi nous.

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Photo Odette Sarrazin

Maurice était tout simplement, un militant, un pilier de l’implication citoyenne. Lorsqu’un groupe communautaire se mettait sur pied, soit pour défendre une cause soit pour développer un projet socio-écologique, il était toujours possible de compter sur Maurice. C’est ainsi que nous l’avons toujours eu parmi les participants que ce soit chez les Amis de l’environnement de Brandon, Le Marché de Solidarité Brandon ou encore Le Regroupement Vigilance Hydrocarbure Québec(RVHQ). Sa participation, toujours appréciée, était constamment un stimulant pour chacun de nous.

 

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Photo Odette Sarrazin

Maurice fut un précurseur du jardinage écologique et plus particulièrement du compostage. C’est lui qui m’a fait découvrir les boîtes à compost les plus pratiques, efficaces et fonctionnelles que je connaisse. Formées de sections qui s’emboitent les unes dans les autres, il y a possibilité d’en empiler le nombre qui nous convient et selon que l’on emplit ou vide l’espace disponible. De plus, en les fabriquant toutes de la même dimension, il y a possibilité d’utiliser les sections dans l’une ou l’autre des composantes. Ainsi, grâce à Maurice, j’ai pu devenir moi aussi, un témoin de l’efficacité énergétique du compost, qu’à l’occasion il m’arrive de qualifier d’or noir.

 

compost 1.jpgC’était à sa façon un chercheur, un expérimentateur. Je me rappelle qu’une année, il avait planté 114 différentes sortes de tomates. Une autre fois, il s’était entendu avec les éboueurs pour qu’ils déchargent chez lui, à l’automne, les sacs de feuilles mortes qu’il étendit sur tout la surface de son immense jardin à en mettant partout une épaisseur de 8 pouces (20 cm). Inutile de vous dire qu’avec Maurice tout prenait une dimension gargantuesque.

Ça me rappelle, qu’il y a quelques années, mon neveu Simon, qui possédait un chalet à Rawdon à cette époque, tentait depuis qu’il en était propriétaire de faire abattre une trentaine d’arbres qui, pour une raison ou une autre, étaient nuisibles au bon usage de sa propriété. Toutes ses démarches s’étaient avérées vaines au point qu’il avait pratiquement abandonné, jeté la serviette selon l‘expression consacrée du ring de boxe. Alors, je lui dis : «Je connais quelqu’un qui pourrait te régler ce problème rapidement». Je pensais à Maurice ; ses capacités exceptionnelles de bûcheron m’avaient auparavant été démontrées chez moi alors qu’il m’avait débarrassé promptement d’un énorme saule. Simon acquiesça et je sollicitai Maurice qui accepta immédiatement toujours prêt à rendre service. Nous partîmes donc tous les deux très tôt un samedi matin pour arriver vers neuf heures au chalet de Simon. Maurice se mit immédiatement à l’œuvre. Les arbres indiqués furent abattus, ébranchés, tronçonnés, prêts à être fendus pour le chauffage. Maurice y allait gaiement et nous avions peine à le suivre. À deux heures de l’après-midi, tout était terminé alors que Simon pensait qu’il y en avait pour trois ou quatre jours.

C’est ainsi que pour moi Maurice va demeurer une force de la nature, physique oui, mais surtout une force de bonté et de générosité ainsi qu’un modèle d’implication sociale.

Le 16 janvier 2019

 

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