RENCONTRE FORTUITE

Chaque jour nous apporte son lot d’événements parfois planifiés, parfois impromptus, qui sont autant de leçons de vie. Des événements sans importance, parfois même insignifiants en soi, mais qui toujours peuvent nous questionner sur ce que sont les humains dont chacun de nous fait partie.

Bananes à Louis.jpgAinsi l’autre jour comme il m’arrive couramment et comme la plupart des gens font, je suis allé au supermarché faire le plein d’aliments que l’on consomme régulièrement. Comme, depuis nombre d’années, mon repas du matin, qu’ici au Québec, nous appelons notre déjeuner, est composé essentiellement des ingrédients de la crème Budwig, il me faut me réapprovisionner périodiquement d’un certain nombre de bananes. Durant l’hiver, je dois souvent me faire accompagner à cause de ma mobilité réduite et le danger de chute sur la glace particulièrement dangereuse cette année, alors je tente de me ravitailler en bananes pour le plus longtemps possible quitte s’il le faut à me résoudre à en perdre quelques unes. Et cette fois-ci, étant donné qu’elles étaient vertes, j’avoue que J’y suis allé un peu fort. Bon cela me fait bien de 12 à 14 bananes et puis tant pis si j’en perds quelques unes car Josée qui m’accompagne mérite bien que je fasse l’impossible pour ne pas abuser de sa disponibilité.

Bananes.jpgAvec toutes ces considérations en tête et mes autres achats, je me présente donc à la caisse et attends mon tour. Voilà que j’entends celui qui est en attente derrière moi dire d’une voix tonitruante : «Des bananes, ce n’est pas bon pour la santé.» Je me retourne ; c’est un homme dans la soixantaine avec un air de supériorité pas très sympathique. Je le regarde dans les yeux sans riposter. Il en rajoute : «Des bananes, il ne faut pas en manger trop. Il y a du ??? la dedans.» Le commis du magasin de compléter «du potassium» «Oui, oui du potassium. Moi j’en mange trois par semaine.» Effectivement, il avait déposé sur le comptoir ses trois bananes. En continuant à le regarder dans les yeux, je lui dis : « Vous avez l’air malcommode vous!» Étonné de ma réponse, il rouspète : « Moi, malcommode, comment-ça?» Le regardant à nouveau dans les yeux : «Je n’ai pas dit que vous étiez malcommode, mais que vous avez l’air malcommode.» et ayant payé ma commande, je quitte le garçon de service et vais rejoindre Josée.

L’incident fut clos ainsi, mais par la suite, j’ai continué à ressasser ce qui c’était passé. Il est vrai qu’il m’a indisposé. Quelqu’un qui aurait vraiment voulu m’informer sur le sujet, se serait adressé à moi différemment. Il aurait commencé par initier poliment la conversation. Pourquoi, lui ai-je ainsi répondu ? Était-ce la bonne chose à faire ?

J’aurais pu ne pas lui répondre du tout ; ce qui aurait été possiblement un signe de poltronnerie vis-à-vis ce type d’individu. J’aurais pu lui expliquer mon usage personnel des bananes. Je crois que ça ne l’intéressait pas. J’aurais pu lui répondre que ça ne le regardait pas ; ce qui aurait pu faire dégénérer la conversation. J’aurais pu me moquer de lui en lui demandant si j’avais acheté trop d’avocats ou d’autre chose ; ce qui aurait été méprisant de ma part. J’aurais pu également lui conter toutes sortes d’histoires invraisemblables, comme par exemple : «j’ai une grosse famille» ou encore «je prépare un party» ou encore «j’ai une méthode personnelle et inédite de conservation des bananes, c’est un secret» ; ce qui aurait été se moquer de lui. Alors quel était la meilleure chose à faire ?

Pour élucider la question, il me faut bien identifier à qui j’avais affaire. Un coup d’œil m’a permis d’évaluer qu’il s’agissait d’un personnage passablement imbu de lui-même et le fait qu’il s’exprime ainsi d’une voix forte pour bien se faire entendre «de la galerie» en disait long sur la dimension de son égo. Finalement, je crois que je n’ai pas si mal répondu que cela. Je lui ai démontré qu’il ne m’impressionnait guère en le fixant dans les yeux et en demeurant calme. En ne répondant pas sur le contenu de son intervention, je lui signifiais que son intervention était inconvenante. En lui disant qu’il avait l’air malcommode, j’attaquais son égo. En effet, au fond, c’est là qu’était le point fort de son intervention et en le corrigeant sur le sens de mes paroles, c’était, au sens figuré, un uppercut qui l’a complètement déstabilisé. Mais il ne faut pas pavaner, à la prochaine occasion, il va certainement récidiver.

Mais de mon côté, quelle leçon dois-je en tirer ? Oui, je crois qu’il est indiqué de ne pas se laisser dominer par un étranger sans toutefois perdre son calme. Les paroles qui me sont venues à l’esprit, étaient-ce les bonnes. ? Là-dessus, je crois qu’il faut se fier à l’instinct du moment et ne pas trop donner d’importance à un événement comme celui-ci, tout en tentant d’en tirer les meilleures leçons possibles.

Bon enfin, je crois qu’au prochain rendez-vous chez ma docteure de famille, je vais la questionner sur la consommation de bananes et le potassium.

Louis Trudeau                                           31 janvier 2019

 

 

3 commentaires sur “RENCONTRE FORTUITE

  1. Votre instinct et votre expérience de la vie sont vos atouts pour intervenir de façon appropriée. Il semblerait que les hommes sont plus friands de bananes. Auriez-vous plus besoin de potassium? Une question à poser à votre docteure.

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  2. Très cher Louis, Comme toujours tes réflexions sont des plus intéressantes.Tu as un réel soucis du bien et du juste. Tu as la candeur de ta franchise et la modestie de ton autocritique. Je me permets une suggestion pour une prochaine rencontre de ce type. Une réponse en forme de question du genre : « Vous croyez? » aurait probablement pu permettre de mieux jauger cet individu et de connaitre ses motivations en ouvrant une porte plutôt qu’en déclenchant des hostilités. Qui sait? Peut-être qu’il t’aurait exprimer ses craintes et ses soucis pour la santé et que tu l’aurais trouvé sympathique?
    Facile à moi de le dire, assis à mon clavier, mais quand on y est préparé, la répartie est plus facile et la suite peut s’avérer plus cordiale.
    Quant aux bananes, avec un apport de ±400 mg de potassium sur un total recommandé de 3 500, elles n’ont pas plus de potassium que les avocats, par exemple!
    J’ai hâte de lire tes prochaines « aventures » !
    A très bientôt!

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