LE GLYPHOSATE.

 

thumbnail_20190218_171234[1].jpgLe glyphosate, vous connaissez? Si non, c’est un mot à ajouter à votre vocabulaire, voici pourquoi. C’est un puissant herbicide très efficace. On dit même que c’est la star des herbicides. Il est commercialisé plus particulièrement sous l’étiquette Round Up, mieux connu du public. On l’utilise abondamment dans nos champs et vous risquez fort qu’il se retrouve dans votre assiette. Alors vous êtes concerné. Est-il cancérigène ? Ça c’est une autre question. Le fabriquant, la puissante compagnie qui le met en marché nous dit que non. Par ailleurs, une agence de l’Organisation Mondiale de la Santé déclare le glyphosate «cancérigène possible». Alors permettez-moi d’en douter.

Article de Catherine Mercier

Un intéressant article de Madame Catherine Mercier, animatrice de La semaine Verte à Radio Canada 1 mérite d’attirer notre attention. Le titre est : Faut-il revoir le processus d’homologation du glyphosate ? On y apprend que l’Union Européenne après de longues tergiversations a, en 2015, suite à des pressions populaires (plus d’un million de personnes ont signé une pétition) homologué, c’est-à-dire accepté ce produit pour jusqu’en 2020. Par ailleurs, Santé Canada « conclut que le glyphosate ne pose « probablement pas de risque pour le cancer humain ».

Comment expliquer cette divergence ? C’est que l’Agence de l’Organisation Mondiale de la Santé a disqualifié les études des compagnies impliquées dans la vente du produit alors que les études consultées par notre organisme pancanadien sont en majorité ( 77%) celles des compagnies impliquées dans la fabrication et la distribution du produit. Encore ici la fable de Richard Desjardins refait surface :« C’est comme confier la surveillance du poulailler au renard.» De plus ces études sont anciennes et ne tiennent pas compte des avancées scientifiques des dernières années. «Pourtant, la science évolue très vite. Les résultats obtenus il y a 30 ou 40 ans ne peuvent donc pas tenir compte d’enjeux inconnus à l’époque.» Pour se justifier, on rétorque que «c’est la façon de faire habituel.»

Santé Canada ne fait pas, non plus, d’étude sur les éléments qui accompagnent le glyphosate dans le produit final. L’agence de L’Organisation Mondiale de la Santé a surtout révisé le produit tel qu’il est vendu aux agriculteurs, alors que Santé Canada considère surtout la toxicité du glyphosate en tant que tel. Pourtant, cet ingrédient n’est jamais vendu seul. Dans le Roundup, le principe actif, le glyphosate, ne représente qu’environ 40 % de la formulation. D’autres molécules y sont ajoutées. «L’ingrédient qui était le plus toxique, c’était un de ces formulants, qui est considéré comme secret industriel, et il était 10 000 fois plus toxique que le glyphosate.»

Enfin, Mme Mercier souligne qu’il est très difficile d’obtenir des informations à Santé Canada , tout étant sous surveillance et bien contrôlé et qu’il s’agit d’un processus opaque d’autant plus que c’est à la société civile de faire la preuve que le produit est nocif alors que ça devrait être le contraire.

Qu’en est-il du principe de précaution à Santé Canada?

Ne serait-il pas normal que dans ce genre de problématique impliquant un produit potentiellement cancérigène que le principe de précaution puisse être invoqué dans le débat ! Pourtant, nulle part, je n’ai vu Santé Canada faire appel à ce principe mondialement reconnu. De fait, qu’est-ce que le principe de précaution ? En termes populaires, on pourrait l’expliquer en disant qu’il s’agit d’un principe du bon sens à savoir qu’en cas de danger mieux vaut s’abstenir. La vie est pleine d’occasions ou la prudence est de mise. Durant la tempête en hiver, on vous dit «Mieux vaut rester à la maison si vous n’êtes pas obligé de sortir. Parfois, un écriteau vous indique «Danger ; baignade interdite. » Les téméraires en paie le prix. Alors ici, il s’agit d’un produit qui est potentiellement cancérigène, pourquoi ne fait-on pas appel au principe de précaution ?

Le principe de précaution reconnu internationalement.

Le principe de précaution n’est pas une invention de votre voisin.
Il a été édicté lors de la conférence sur la diversité biologique de Rio (1992) qui stipule «qu’en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives, visant à prévenir la dégradation de l’environnement.»

Depuis, plusieurs analyses ont permis de raffiner la compréhension de ce concept.  C’est ainsi que l’on fait la distinction entre le principe de prévention et celui de précaution. La prévention s’adresse à des risques connus alors que la précaution va en sorte plus loin puisqu’il est question de risques potentiels, non scientifiquement déterminés, mais dont l’importance met souvent en cause l’environnement et la santé publique. «Le principe de précaution correspond typiquement à des évènements que l’on ne peut pas probabiliser. Les conséquences de ces évènements potentiels peuvent être très importantes (par opposition au risque de banqueroute d’une entreprise par exemple). Les atteintes à la santé ou pour la vie humaine, ou encore pour l’environnement, en général, sont en effet souvent considérés comme bien plus graves que les risques économiques.»

Un principe à mettre dans son carquois.

Le principe de précaution ne fait pas l’affaire de tous et il ne faut pas s’en surprendre car si ce principe était couramment utilisé par les citoyens, il deviendrait une arme redoutable pour contrer en autres les secrets industriels qui freinent les décisions gouvernementales en faveur de la population. Alors, développons le réflexe : Est-ce que dans ce cas, le principe de précaution s’applique ?

Dans la foulée du cas Louis Robert.

thumbnail_20190218_171153[1].jpgNous savons que l’agronome Louis Robert, identifié comme étant lanceur d’alerte, a été congédié par le ministère de l’Agriculture pour avoir divulgué, dans le public, des anomalies vécues dans son ministère concernant l’utilisation d’herbicides par les agriculteurs québécois ainsi que le rôle joué par les fabricants d’herbicides potentiellement cancérigènes dans le Comité décideur de leur utilisation.

Il y a donc un parallèle possible entre le cas Louis Robert et la politique fédérale en matière d’utilisation du glyphosate. N’est-ce-pas, en somme, la même problématique qui est en jeu à savoir l’influence des vendeurs d’un herbicide potentiellement cancérigène dans des décisions concernant l’alimentation donc la santé de la population. L’alerte lancée par Louis Robert devrait avoir des répercussions jusqu’à Ottawa, puisque l’enjeu est le même à savoir la santé de la population via l’ingérence des fabricants de ce même produit possiblement cancérigène. D’où le rappel de la fable, de Richard Desjardins, du Renard gardien du poulailler.

 

1 Vous pouvez trouver l’intégrité de ce texte sur le site de Radio Canada.

Louis Trudeau                                                                                  20 février 2019

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