UN JARDIN POTAGER ; ŒUVRE D’AMITIÉ

 

Mon genou gauche est comme me l’a souligné ma médecin de famille «plein d’arthrose». Depuis quelques jours, il me fait terriblement souffrir et c’est le temps de planter et de semer mon potager. Alors avec peine et douleur, je me suis mis à la tâche. Mais je me rends compte que dans ces conditions, il ne me sera pas possible de passer à travers. Que dois-je faire ? Quelqu’un me dit «Ton jardin, il est pas mal grand, il faudrait penser à le rapetisser.» J’ai de la difficulté à m’y résoudre. C’est ainsi que je me retrouve dans une décision à prendre dans le déroulement de ma vie. Il serait irréaliste de ne pas reconnaitre que mes capacités physiques ne sont plus ce qu’elles étaient. Comme le philosophe ancien1 constatait que l’on ne se baigne jamais deux fois dans la même eau d’une rivière, ainsi l’on ne vit jamais deux fois chaque jour de sa vie. La vie c’est donc comme une rivière. Il faut reconnaitre que le temps passe, et qu’il y a constamment des ajustements à faire.

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Photo : Jean-Pierre Gagnon

Lorsque je songe à mon jardin, je me dis : «D’abord, c’est sa dimension depuis toujours, c’est ainsi que j’y travaille depuis plus de quarante ans. De plus, si je le diminue, le voisin ne pourra plus venir déverser son tombereau de fumier annuel. Il n’aura pas l’espace nécessaire. Puis acheter mes légumes au supermarché, je n’arrive pas à m’y résoudre, ne sachant pas trop d’où ils viennent et dans quelles conditions ils se sont développés. De fait, je ne les trouve pas très appétissants.»

Puis voilà la réflexion qui m’a fait prendre ma solution. «Si je décide de diminuer la taille de mon jardin, je prends la décision uniquement en fonction de moi-même. Des amis viennent m’aider à chaque année à l’une ou l’autre étape de sa mise en état de produire mes divers légumes biologiques et en remerciement, je leur fais cadeau d’une partie de la récolte. Donc je ne jette pas la serviette, je vais plutôt intensifier l’aide de l’amitié du moins durant la période d’arrêt commandée par ma médecin de famille pour donner le temps à l’infiltration de cortisone de faire son effet. »

Voici la prise de conscience que mon jardin ne serait pas une réalité, sans l’aide et la participation de ceux qui m’entourent. J’y vois maintenant une œuvre communautaire et je devrais m’en réjouir. Ainsi Pierre-Paul s’est occupé de la mise en service de mon motoculteur. Il a changé l’huile et lorsque Sylvain en tentant de le démarrer s’est retrouvé avec la corde dans les mains, il s’est chargé d’enlever le couvercle protecteur pour la replacer et permettre ainsi de le redémarrer. Sylvain a patiemment fait le tour de toute la surface en me procurant un sol avec l’aération nécessaire à une bonne mise en terre des graines et des plants. Puis Jean-Pierre m’a assisté dans la disposition des bâtons séparateurs des espaces entre les rangs, e qui nous donnent des alignements bien droits qui non seulement donnent un coup d’œil agréable, mais aussi assurent le passage du motoculteur entre les rangs sans risque de déterrer les graines et les plans. Avec l’expérience des années, je me suis rendu compte que pour ce faire, au lieu d’utiliser une corde que le vent déplaçait, j’utilise un galon à mesurer qui a la même longueur que mon jardin, à savoir 100 pieds (30m.) selon la mesure autrefois en vigueur.

La prochaine étape consiste à creuser des sillons tout au long des dix rangs de cent pieds, travail harassant pour les épaules et que je ne peux faire que partiellement à chaque jour si je ne veux pas être empêché de dormir. C’est Benoit qui est venu et a tout terminé dans l’espace d’une heure, ce qui m’aurait pris une semaine à réaliser. J’ai alors pu commencer à semer, les oignons, les pommes de terre, les petits pois, le mais et les radis.

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Photo Jean-Pierre Gagnon

Puis il y a eu cette infiltration de cortisone qui me paralyse, alors qu’il faut continuer à semer avant la pluie qui s’annonce pour quelques jours. Josée est venue de Saint-Norbert pour semer avec soin les épinards, les betteraves et tout un rang de carotte. Là encore, j’en aurais bien eu pour une couple de jours. Quel soulagement. Il ne restera pratiquement plus que les plants qui nécessitent de creuser et mettre du compost à savoir les tomates, les poivrons, les poireaux, les bleuets de jardin et les céleris. Pour ce faire, je crois que je vais de nouveau demander l’aide de Benoit. Pour ce qui est de planter les 36 plants de tomates et d’installer les tuteurs, ça c’est sacré. La tradition exige que ce soit Louisette et Jean-Claude qui viennent à chaque année se charger de ce travail vers le 8 juin alors que le danger de gel est passé. Il ne me restera donc que quelques graines à semer, c’est-à-dire les navets, les rutabagas, les panais, la roquette et un peu de laitue. Pour cela je pourrai me débrouiller.

Suite à l’explication de ma décision de garder la taille de mon jardin en faisant appel à des amis, Josée m’a répondu :«Vous avez pris la bonne décision. Si vous avez besoin, je reviendrai» Merci, merci à chacun de vous, c’est vraiment, le potager de l‘amitié.

1Héraclite; né à Éphèse, en Grèce vers 576 av J.C., mort vers 480 av J.C. Philosophe présocratique dont on ne possède que quelques fragments de documents. On l’a définit comme étant le philosophe de l’éternel retour.

Louis Trudeau                                                                                 le 2 juin 2019

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