QUITTER TOUT EN DOUCEUR ; HOMMAGE À UNE MÈRE

Autrefois, une religieuse pleine d’expérience de la vie, m’a raconté qu’elle avait remarqué, qu’au moment du décès de personnes de sa connaissance, qu’il se passait toujours quelque chose qui soulignait la personnalité du défunt. Oui, cette observation s’est avérée juste pour notre chère Andrée, l’épouse de mon frère Clément. Andrée, en effet, nous a quitté à sa façon bien à elle qui la caractérisait si bien. Elle nous a quitté tout en douceur sans déranger personne. François et Simon, deux de ses fils ainsi qu’Ève la conjointe de François ont témoigné au nom des leurs de ce qu’ils ressentaient pour leur chère disparue. Voilà des extraits de leurs textes.

Salut Ma,

De nous entendre parler autant de toi aujourd’hui, ça doit sûrement te gêner. Gêner dans le sens où l’on vient bousculer ta discrétion. Dis-toi, que tu me l’as aussi laissée dans mes gènes cette gêne, mais que là, je vais la mettre de côté juste pour toi. Tu  es sûrement surprise d’être le centre d’intérêt, toi dont la timidité a toujours été le reflet de ta grande discrétion que l’on réalise aujourd’hui tellement précieuse, que l’on souhaite qu’elle nous sera toujours exemplaire.

Source, Simon Trudeau

Le jour où j’ai appris ton décès, il y a eu ce choc mais beaucoup de choses à gérer par la suite. La journée a passé, bouleversé, pensant toujours un peu beaucoup à toi. C’est le lendemain que j’ai été envahi. Au lever, Il faisait beau, le soleil se mirait dans la mer. Puis soudainement, en dedans, une tempête de souvenirs s’est levée. Ça venait de partout, ça n’arrêtait pas! C’était merveilleux et tout à coup, la pluie s’est mise à tomber de mes yeux, puis ça a duré et duré. 65 ans de proximité, c’est sûr que ça fait beaucoup d’images d’enregistrées.

Parmi tous ces beaux moments, un fil passait pour les coudre et les rassembler, c’était celui de ta gentillesse, qui entre autre se laissait voir à travers tous ces repas que tu as servis à tout un chacun. Ça aura été longtemps ton domaine la cuisine! Tu y étais incroyable! Une cuisinière hors-pair, passionnée, toutes ces recettes transcrites à la main, accumulées, bien classées et gardées précieusement pour être transformées en repas servis pour unique raison de faire plaisir!

Oui, toujours le souci de concocter le repas préféré de celle, celui et tous ceux qui venaient chez nous. Rien ne te rendait plus heureuse que de faire plaisir!

En cuisinant si bien, tu nous as montré comment il était possible d’exceller mais surtout, surtout, que ce qui importe, c’est de faire plaisir. Tu nous a fait nombre de fois la démonstration de comment l’on peut être heureux à faire plaisir. Merci de nous avoir montré et laissé goûter à cette recette précieuse.

Je pense que ce sera plus fort que toi et qu’une fois là-haut, tu ne pourras pas tirer tout ton plaisir à n’être que convive, tu seras encore là à faire en sorte que les goûts de chacun soient comblés, c’est certain!

C’est vrai, nous t’avons perdue. Tu n’es plus. Tu nous manqueras. Toute ta grande délicatesse nous sera désormais utile à te sentir toujours auprès de nous.

Merci pour tout.

Salut Ma, je t’aime,

François

Quand ma mère s’installait pour nous raconter une histoire, on ne s’obstinait pas pour sauter dans notre pyjama. Quand elle prenait un livre, c’était peut-être Topo Gigio, Jack et les haricots magiques, ou encore mieux La Vache Orange, tout s’arrêtait et on écoutait. Elle avait une voix qui nous transportait. Cette voix nous parlait de personnages et d’aventures captivantes, mais surtout, je crois que cette voix comme une musique nous parlait de la douceur, cette douceur qui était la sienne.

Cette douceur que tout le monde qui l’a connue se rappellent et dont ils nous parlent lorsqu’ils évoquent ce qu’elle représentait pour eux. La proximité et la routine pose tranquillement un voile sur ce qu’il y a de plus précieux. On fini par ne plus remarquer, par prendre pour acquis. Cette douceur je la connaissais et je l’appréciais, mais j’en avais un peu oublié la force et l’importance, et pourtant je sais maintenant à quel point elle va me manquer, ma mère et sa douceur.

Elle était une force tranquille, calme et posée mais jamais effacée. Sa présence se faisait toujours sentir et sa bienveillance ne faisait pas de place à la naïveté. La douce Andrée a vécu plusieurs chapitres, certain paisibles et d’autres tumultueux. Elle m’a parlé de son enfance à la beurrerie de St-Dominique, m’a raconté son père qui coupait des blocs de glace à la scie dans la Yamaska pour conserver le beurre. Ce fut une enfance dans un monde qui me semble bien romantique, un monde qui, de toute évidence, n’existe plus. Elle me donnait l’impression d’avoir gardé les traces de cette enfance paisible dans sa douceur et dans la relation franche et harmonieuse qu’elle partageait avec ses chers frères et sœurs.

Ma mère m’avait raconté que « du temps qu’elle était fille » comme elle le disait, son père avait un ami qui possédait un restaurant à St-Hyacinthe. Grand père Léo avait donc demandé à son ami si il ne pouvait pas trouver du travail à sa fille comme serveuse, question de lui faire rencontrer d’autres personnes, que bien qu’elle s’occupait très bien de ses frères et sœurs, elle devenait un peu trop recluse et casanière. Ce restaurant était fréquenté par une gang de vétérinaires en devenir. C’est à ce moment précis qu’un futur vétérinaire originaire de Delson eu un flash pour une serveuse maskoutaine dont la grâce naturelle aurait pu faire pâlir d’envie n’importe qu’elle star hollywoodienne. Mon grand père atteint son objectif à 100% on s’en doute, ça devenait surement plutôt difficile de rester dans sa bulle auprès de ce vétérinaire en devenir qui se prénommait Clément.

Source Simon Trudeau

Elle devient donc notre mère. En dix ans, ils façonnèrent 5 bambins dont le dernier s’avéra la preuve irréfutable de toutes leurs plus belles qualités. Je me souviens de marcher à 4 pattes dans le salon De notre domicile en me râpant les genoux sur le tapis vert olive et en jouant avec mes blocs de construction en bois. Il y régnait une atmosphère paisible et sereine, baigné de soleil et de bienveillance. C’était cette atmosphère que ma mère installait autour d’elle, qui, malgré son calme et sa discrétion, était omniprésente. Quand il y avait des tensions, elle voulait les absorber comme une éponge pour les faire disparaître. Elle priait, elle calmait les esprits.

Ces derniers temps quand je lui rendais visite, il m’arrivait de lui apporter un objet, une photo, quelque chose pour la distraire et l’intéresser. Il y a quelques semaines, elle avait été touchée quand je lui ai apporté ce livre qu’elle m’avait déjà offert et qui s’intitule « Le Petit Cheval » ce qui n’est surement pas un hasard…. dans mon livre elle m’avait écrit un mot de sa calligraphie impeccable: 7 janvier 1974 « à mon Simon qui lit si bien après seulement une année d’école » Maman.

J’ai fait dans ma vie des choix personnels qui me mettent parfois dans des situations d’équilibre précaire du à mes passions créatives, mais elle ne fit jamais de commentaires à ce sujet. C’était aussi ma mère; dans l’acceptation des différences, dans la permissivité et le libre choix.

Je lui avais aussi récemment apporté quelques uns de mes sacs que je fabrique qu’elle regardait attentivement avec admiration en me posant des questions. J’adorais ces petits moments d’intimité qui s’installait encore parfois. Comme il s’agissait de sacs à main et qu’on se trouvait donc pas trop loin du département des chapeaux, je crois que je visais pas mal dans le mille et je me rendais compte de ce fait que ce n’était surement pas un hasard si je fabriquais maintenant des sacs à main……

Ma mère avait à l’époque, son couturier à qui elle proposait patrons et matériaux selon ses choix et elle était habitée par une passion bien connue pour les chapeaux. Ça peut sembler paradoxal pour une personne aussi discrète, mais je crois que son souci d’apparence s’accordait d’avantage avec une attitude de dignité qu’avec un quelconque besoin d’attention.

Ma mère, je crois, était aussi une missionnaire. Il lui fallait une mission et elle répondait toujours à la tâche de manière exemplaire. Il y eu la maison de ville à Saint-Hyacinthe ou elle nous a bichonné, si bien nourrit et soigné avec attention, et comme nous grandissions et que le quotidien fini par manquer de rebondissements, il fallu en rajouter un peu en se dirigeant vers Charlevoix. Tous ceux qui y ont été accueillis se souviennent de sa générosité, de son dévouement, de sa cuisine, de cette maison immense tenue à la perfection et de son sens de l’organisation indéfectible. Elle accomplissait sa mission avec une force et une main de maître, toujours dans le calme et la sérénité.

Source C.M.O.

La fin de semaine dernière Maud me rappelait que sa fleur préférée était la marguerite. Je lui confiai alors que c’était aussi la fleur préférée de ma mère et Maud ajouta « c’est parce qu’elle est simple et elle est parfaite ». Je me suis dit silencieusement que oui c’était bien ma mère. C’était Andrée et c’était aussi, comme Grand-maman, l’appelait, Marguerite. Marguerite, Andrée, ma mère, est partie discrètement, comme un petit oiseau quitte sa branche, sans faire de bruit, toujours sans vouloir déranger. Son calme précieux nous manquera, son calme précieux comblé par son attention dévoué, par sa présence sereine et par sa bienveillance omniprésente.

Bye Man

Je t’aime Simon

À ma belle mère Andrée si douce et si gentille,

Tu as tant aimé les tiens, à ta façon, discrète et effacée, plus en prières qu’en paroles, à vrai dire. Je retiens de toi, dès les premières fois que je t’ai connue, le don de soi. Toute la période active de ta vie a été d’abord et avant tout au service des autres, je n’avais jamais vu ça aussi intense! Les petits plats préférés de tous, et en plus pas un, mais des desserts! C’étaient les festins d’Andrée! De si doux moments.

source Simon Trudeau

J’ai de si beaux souvenirs lors de nos escapades à Pointe-au-Pic. La cueillette des petits fruits, nos parties de scrabble,  tu es celle qui m’a appris le plus de mots en k w y, les lettres payantes quoi! Merci Andrée, pour tes tuyaux, je suis désormais une joueuse plus aguerrie grâce à toi. J’étais absolument fascinée de constater le travail de recherche de tous ces mots, bien écrits sur des feuilles de cartable, évidemment avec la définition. En fait, tu aimais apprendre, te renseigner, découvrir les autres pays par les documentaires, tout cela dans le confort de ton chez toi, car tu n’étais pas vraiment une aventurière!

Mais, tu aimais écouter tes enfants qui allaient de par le monde et ensuite venaient te raconter leurs découvertes. Tu étais d’une grande écoute, ma douce belle-mère. Tu adorais aussi regarder les photos, c’était un plaisir pour toi, ça transparaissait.

Tant de belles années, puis vinrent des temps plus gris, plus durs, des bouleversements, des deuils à tous les niveaux, de la souffrance en plein cœur.

À ce moment Andrée, tu as choisi le retrait, dans le silence et la tranquillité tu as puisé une certaine forme de sérénité. Pour moi, ce fut difficile de te voir suivre cette voie, mais je la respectais. Je me rappelais alors, combien toi, tu avais accepté des autres et combien le respect, le pardon étaient importants à tes yeux.

Lors de la cérémonie religieuse, je serai là de tout mon cœur. Je te dirai mon amour. Tu nous manqueras, douce Andrée aux yeux couleur du ciel.

Ève

Xxx

Le 3 juin 2021

2 commentaires sur “QUITTER TOUT EN DOUCEUR ; HOMMAGE À UNE MÈRE

  1. Témoignages bouleversants, j’aurais aimé connaître votre belle sœur, elle m’aurait appris des choses de la vie… et comment utiliser les mots en k w et y au scrabble! Elle va laisser un vide…

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